« Cet enfant ne parle pas depuis la rentrée »
Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Ce qu’une enseignante peut faire dès demain matin
Et si le premier objectif n’était pas de le faire parler? Pour certains enfants, la première étape est plutôt de se sentir suffisamment en sécurité pour pouvoir avancer.
Une enseignante me dit souvent qu’elle a l’impression d’avoir tout essayé. La patience, l’encouragement, parfois un peu plus de fermeté. Rien ne bouge et elle commence à se demander si le problème, c’est elle.
En bref · Il n’est pas nécessaire de savoir immédiatement s’il s’agit de gêne ou de mutisme sélectif pour commencer à intervenir. · La relation passe avant la parole : on cherche d’abord à créer un contexte sécurisant. · Les petits pas comptent : un progrès ne commence pas toujours par un mot. · L’intervention précoce compte, même lorsque les progrès sont lents. |
Ne pas attendre de voir s’il s’agit « juste de la gêne »
Ce que je vois souvent chez les enseignants, c’est la peur de mal agir ou d’aggraver la situation. Cette peur les pousse à attendre, soit parce qu’ils ne savent pas comment aider l’enfant, soit parce qu’ils se disent qu’il va s’ouvrir avec le temps, que c’est de la gêne qui va finir par passer. Il est vrai que le premier mois d’école, le silence d’un enfant ne veut souvent rien dire de particulier : certains jeunes restent sans mots devant une situation nouvelle, et ce silence ne permet pas, à lui seul, de déterminer s’il s’agit de mutisme sélectif, c’est-à-dire un trouble anxieux, ou de simple timidité.
Si la situation persiste au-delà de ce premier mois, l’attente peut devenir le problème plutôt que la solution.
De mon point de vue, il n’est pas nécessaire de savoir s’il s’agit de timidité ou de mutisme sélectif pour agir. Il vaut mieux intervenir dès que les intervenants remarquent que l’enfant ne répond pas dans certaines situations alors que la parole est attendue. Si c’est de la gêne, ce qui aura été mis en place ne sera pas perdu et les choses passeront simplement plus rapidement.
Intervenir plutôt qu’attendre la bonne façon de faire
Au fil de mes années d’expérience auprès de mes clients, j’ai remarqué qu’il vaut mieux intervenir et se réajuster en cours de route que de rester immobile par crainte de se tromper. S’informer sur ce qu’est vraiment le mutisme sélectif, pour bien comprendre les enjeux qui y sont reliés, et collaborer avec ses collègues et avec les parents de l’enfant, sont deux gestes qui font une réelle différence. Mais que peut-on faire concrètement, dès demain matin?
Commencer par la relation, pas par la parole

Un moment individuel, calme et sans pression de parole peut aider à créer un contexte plus sécurisant.
Une des premières actions à entreprendre est, dans la mesure du possible, de passer du temps seul avec l’enfant. Ces moments contribueront à ce qu’il se sente en sécurité dans son milieu, plutôt que de le forcer à parler, ce qui ne fait souvent qu’amplifier son état de mal-être.
Le premier objectif de ces moments est de développer la relation dans le plaisir et la confiance. L’enseignant peut faire un jeu avec lui, debout ou assis, selon ce que l’enfant aime, en mettant l’accent sur le fait de passer un bon moment ensemble, pas sur le fait qu’il réponde ou non. Le but est que le cerveau de l’enfant puisse s’apaiser, plutôt que de sentir, une fois de plus, qu’on attend de lui quelque chose qu’il n’arrive pas à donner pour l’instant.
Garder des attentes réalistes
La parole, qui s’avère bien entendu l’objectif ultime, a plus de chance de progresser dans cet environnement sécurisant. Il faut toutefois avoir des attentes réalistes : il est peu probable que l’enfant se mette à parler du jour au lendemain. Dans un chapitre de référence sur le mutisme sélectif publié en 2019, Oerbeck, Manassis, Overgaard et Kristensen ont observé cliniquement que les personnes amicales et drôles, qui tiennent la conversation sans exiger que l’enfant y participe, contribuent à un climat plus favorable où les symptômes diminuent.
Ce que mon expérience avec ma fille m’a appris
D’avoir vécu la situation de mutisme sélectif avec ma fille lorsqu’elle était jeune me permet d’en parler avec du recul aujourd’hui.
Comme elle aimait faire comme les autres enfants de la classe, son enseignante du préscolaire et moi avions pensé à lui retirer son étui à crayons pour qu’elle soit « obligée » d’aller le demander. L’idée, c’était de la motiver à se déplacer et à parler pour qu’elle surmonte son défi.
Ce moyen n’a pas fonctionné : se déplacer dans la classe, entourée de camarades, et formuler une demande complète à l’adulte était un défi beaucoup trop grand pour elle à ce moment-là. Alors elle restait simplement assise, sans crayon, jusqu’à ce que l’enseignante vienne la voir. C’est cette dernière qui a constaté, au fil des semaines, que cette façon d’intervenir ne menait nulle part. Elle sentait que ma fille était très inconfortable et voyait qu’elle ne progressait pas. L’enseignante a arrêté ce défi et lui a redonné son étui.
Quand le pas demandé est trop grand
Ce que je retiens de cette expérience, et que je répète aux adultes que j’accompagne aujourd’hui, c’est que ce n’est pas tout de mettre des moyens en place : ils doivent être choisis consciencieusement. Quand un enfant ne progresse pas, c’est souvent parce que le pas qu’on lui demande est trop grand. Avec ce que je sais maintenant, le premier petit pas pour ma fille n’aurait pas été de formuler une demande devant tout le groupe, en plus avec une phrase. Privilégier des moments seule avec son enseignante, sans yeux autour pour l’observer, et débuter par des sons, aurait été une bien meilleure avenue. Une autre action à entreprendre dès maintenant est de s’assurer que les gens qui entourent l’enfant comprennent ce qu’il vit.
Un exemple qui fonctionne : l’histoire de Catherine
Une enseignante, que je prénommerai Catherine pour l’article, avait dans sa classe un élève de 7 ans qui ne parlait pas à l’école. Plutôt que de laisser la situation devenir un non-dit dans la classe, elle a planifié une activité de sensibilisation, en plus de le rencontrer seul à certains moments. Elle a d’abord vérifié s’il voulait être présent pendant qu’on parlerait de son défi aux camarades, a réfléchi à la façon d’aborder le sujet, puis a choisi, avec ses collègues, qui allait l’animer.
À la récréation qui a suivi l’activité, deux camarades de classe sont allés vers l’enfant pour lui proposer de jouer. Deux amitiés se sont formées à partir de ce moment-là, moment durant lequel les camarades ont compris que cet enfant n’était pas muet, mais qu’il avait besoin de temps pour sortir sa voix. Et c’est durant leurs jeux, au fil des jours, que l’enfant s’est mis à leur parler.
Catherine, de son côté, a vu des changements avant même de l’entendre : l’enfant se déplaçait plus librement dans la classe, avait les yeux plus pétillants et souriait davantage.
Cette histoire illustre quelque chose d’important, que je place au cœur de ma pratique : être seul avec une personne en qui l’enfant a confiance et conscientiser les gens qui l’entourent sont des critères à considérer pour qu’il puisse relever son défi.
De la patience, tu auras…
Il faut se rendre à l’évidence, il est rare que les résultats soient rapides. Une étude norvégienne (Oerbeck et coll., 2015), qui a suivi 24 enfants un an après une thérapie de six mois, montre que la moitié d’entre eux ne remplissaient plus les critères diagnostiques du mutisme sélectif à ce moment-là. Quatre autres étaient en rémission partielle. Les plus jeunes progressaient davantage : 78 % des enfants de 3 à 5 ans n’avaient plus le diagnostic, contre 33 % des 6 à 9 ans.
Ces statistiques nous font voir qu’intervenir tôt aide réellement, mais également qu’un enfant plus vieux peut progresser même s’il est possible que ses progrès se fassent plus lentement. Mieux vaut tard que jamais pour agir (même si l’enfant a dépassé l’âge où les résultats semblent venir plus facilement).
Ce que dit la recherche sur les moyens à privilégier
Une revue de la littérature de 2006 (Cohan, Chavira et Stein) reste, encore aujourd’hui, la mieux appuyée sur ce qui fonctionne : une approche par exposition graduelle, où l’enfant avance à petits pas vers les situations qui lui font un peu peur, plutôt que d’être exposé d’un coup à ce qui s’avère trop difficile pour lui.
Ce qui revient à l’adulte… et ce qui ne lui appartient pas
Beaucoup d’enseignants, et de parents, se mettent beaucoup de pression afin de s’assurer que l’enfant soit « prêt » pour l’année suivante, comme si le résultat leur appartenait entièrement. Oui, il est important de s’informer pour mettre en place des moyens choisis judicieusement. Toutefois, au final, c’est à l’enfant de fournir des efforts pour surmonter son défi. Parents comme intervenants ne peuvent pas le faire à sa place.
Ce qui leur revient, en revanche, c’est de ne pas rester les bras croisés en pensant que la parole arrivera seule, mais plutôt de choisir un premier petit pas. Par exemple, lors des courts moments seul avec l’enfant aller graduellement vers des sons, puis des mots et des phrases par le biais de jeux. C’est aussi de collaborer avec les autres adultes qui entourent l’enfant, à l’école comme à la maison, plutôt que de porter cette responsabilité seul.
Un pas à la fois : que faire dès demain ?
Vous ne verrez peut-être pas de progrès au niveau de la parole cette année. Mais les actions que vous posez aujourd’hui, aussi discrets les résultats soient-ils, ne seront jamais perdues. La question à se poser n’est pas de savoir combien de temps ça lui prendra pour se mettre à parler, mais quel est le premier petit pas que je peux poser dès demain.
Au plaisir de vous aider.
Geneviève
Votre plan d’action pour demain L’objectif n’est pas de tout régler dès demain, mais plutôt de choisir un premier pas suffisamment petit pour que l’enfant puisse réellement le franchir.
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Cohan S L, Shavira D A et Stein M B. (2006). Practitioner Review: Psychosocial interventions for children with selective mutism: a critical evaluation of the literature from 1990-2005. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 47: 11, p. 1085-1097. DOI 10.1111/j.1469-7610.2006.01662.x.
Oerbeck B, Stein M B, Pripp A H et Kristensen H. (2015). Selective mutism: follow-up study 1 year after end of treatment. European Child & Adolescent Psychiatry 24, p. 757-766. DOI 10.1007/s00787-014-0620-1. Les résultats d’une telle exposition graduelle aux situations anxiogènes ont été démontrés comme étant les plus efficaces à ce jour (Cohan, Chavira et Stein, 2006).
Oerbeck B, Manassis K, Romvig Overgaard K et Kristensen H. (2019). Anxiety Disorders, Selective Mutism. Dans IACAPAP e-Textbook of Child and Adolescent Mental Health (F.5 p.1-23). Récupéré le 18 juin 2026 du site de International Association for Child and Adolescent Psychiatry and Allied Professions : https://www.iacapap.org/_Resources/Persistent/ce1f18caee0900792b4ed2cc3b8ac2bbffa3a1fa/F.5-MUTISM-UPDATE-2019.pdf
À propos de l’autrice
Geneviève Bérubé est orthopédagogue spécialiste en mutisme sélectif. Établie au Québec, elle accompagne les parents ainsi que les intervenants scolaires ou préscolaires et les professionnels qui gravitent autour d’un enfant qui ne parle pas dans certains contextes sociaux. Elle offre des services personnalisés et des formations, avec un regard nourri par un vécu personnel de sept ans auprès de sa propre fille aux prises avec ce défi.
Foire aux questions
« Cet enfant ne parle pas depuis la rentrée »
Qu’est-ce que le mutisme sélectif? |
Selon le DSM-5-TR (2022), le mutisme sélectif est un trouble anxieux caractérisé, entre autres, par l’incapacité régulière d’un enfant à parler dans des situations sociales spécifiques où l’enfant est supposé parler (par exemple à l’école), alors qu’il parle dans d’autres situations (par exemple à la maison). |
À partir de quand faut-il s’inquiéter du silence d’un enfant à l’école? |
Le premier mois d’école, le silence est fréquent et ne permet pas de conclure à un trouble. Si l’absence de parole persiste au-delà de ce mois malgré les interventions mises en place, il devient pertinent de s’informer plus précisément sur les meilleures pratiques à développer. |
Faut-il forcer un enfant à parler pour l’aider à progresser? |
Non. Forcer l’enfant à parler augmente généralement son anxiété plutôt que de l’aider. Il est plus efficace de construire d’abord une relation de confiance, dans le plaisir, sans exiger de réponse verbale, tout en augmentant les exigences graduellement : bruits, sons, mots… |
Combien de temps faut-il pour qu’un enfant avec un mutisme sélectif commence à parler? |
Les progrès sont généralement lents et varient selon l’enfant. La recherche montre qu’une intervention précoce, particulièrement chez les enfants de 3 à 5 ans, est associée à de meilleurs résultats, mais des progrès sont aussi possibles chez les enfants plus âgés. |
Qui devrait intervenir en premier : l’enseignant, les parents ou un professionnel? |
Les trois ont un rôle à jouer. L’enseignant peut agir dès les premiers signes en classe, les parents peuvent collaborer à la maison et une consultation avec un professionnel spécialisé en mutisme sélectif devient pertinente si la situation persiste ou si le soutien mis en place ne suffit pas ou tout simplement pour s’informer sur les bonnes actions à mettre en place. |
Images : photographies d’Unsplash, utilisées selon la licence Unsplash. Sources : David Geneugelijk, Ahmadreza Rezaie, Ahmadreza Rezaie.
Note : Le contenu de cet article a été vérifié, édité et validé par moi (afin qu'il soit conforme à l'approche PARLE, que j'ai développée pour accompagner les adultes qui gravitent autour d'un enfant qui ne répond pas dans certains contextes sociaux). Je tiens toutefois à mentionner que j'ai utilisé des outils d’intelligence artificielle comme aide à la création de cet article, non pas par manque de compétences en écriture, mais afin de garder plus de temps pour être en contact direct avec mes clients (services personnalisés, formations) et dans mes différentes sphères de vie personnelle et familiale. |

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